Mercredi 11 juin 2008




FACE À UN OBSTACLE, DIS-TOI : « CET OBSTACLE ME DISTRAIT DE L'ENNUI » ET SOURIS.

SI TU VEUX PENSER À TOI PENSE AUX AUTRES.

 

DANS CHAQUE MOMENT PÉNIBLE, PENSE AUX AILES QUI SONT REPLIÉES DANS TON DOS.

 

QUAND TU VEUX QUELQUE CHOSE, SOIS CETTE CHOSE.

 

TOURNE SEPT FOIS TA LANGUE DANS LA BOUCHE, ET TAIS-TOI.

 

AU SOIR DE TA VIE, CONTINUE À DONNER TA LUMIÈRE.                                  

 

ENSEMENCE TON CHAMP AVEC LES GRAINS DE LA VIE.

 

IGNORE L'ESPÉRANCE ET VIS.

 

SI ON TE FAIT DU MAL DIS : « JE CROIS QU'ON M'A FAIT DU MAL » ET RIS DE TOI-MÊME.

                                   

  LA SAGESSE N'EST QU'UNE FOLIE DÉGUISÉE ET MOMENTANÉMENT APPRIVOISÉE.

 

  LE TEMPS N'A PAS DE PRISE SUR L'ENFANT QUI EST EN TOI.

 

  POUR DONNER UN SENS À TA VIE CONTEMPLE LES ÉTOILES.

 

  QUAND LA SOLITUDE TE PÈSE PENSE A LA CHENILLE QUI DEVIENT PAPILLON.

 

  DANS L'ACTION, SOIS L'ACTION. DANS L'AMOUR, SOIS L'AMOUR. DANS  LA MORT, SOIS LA VIE.

 

  VOIS DANS LA MÉDISANCE LE REFLET DE TA PROPRE FAIBLESSE.


NE CHERCHE PAS À BRILLER, LE SOLEIL LE FAIT BIEN MIEUX QUE TOI.

 

 

SOIS DANS LA CARAVANE QUAND LES CHIENS ABOIENT.

 

QUAND TON HEURE VIENDRA, OFFRE LUI UN BON CORDIAL.

 

MÂCHE AMOUREUSEMENT CHAQUE MINUTE DE TA VIE.

 

LAISSE L'ENVIE POURRIR SUR LE BORD DE LA ROUTE.

 

NE CRAINS PAS DE LAISSER TON COFFRE OUVERT. IL EST INÉPUISABLE.

 

AVOIR ET POUVOIR SONT LES FRÈRES SIAMOIS DE TA PERDITION.

 

DANS LA NUIT LAISSE LA LUMIÈRE DE L'AMOUR ÉCLAIRER TON CŒUR.

 

DONNE COMME TU RESPIRES : AVEC CONSTANCE.

 

SOIS LE CIEL ET l'OCÉAN QUAND ILS S'ACCOUPLENT.

 

L'ANIMAL DOMESTIQUE RESSEMBLE À TON CŒUR PLEIN DE PRÉJUGÉS.

 

NE RÉPARE PAS L'INJUSTICE AVEC DU FIL DE FER BARBELÉ.

 

TON CORPS EST UNE MAISON QUI CRIE FAMINE. VEILLE CEPENDANT À NE PAS TROP L'ENGRAISSER.

 

SUR TA ROUTE LES LIÈVRES ET LES TORTUES FOURMILLENT. ÉVITE-LES.

 

SI L'AMOUR TE TEND LES BRAS, DONNE-LUI TON CORPS. S'IL TE TEND SON CŒUR, MÉFIE-TOI.

 

APPRENDS À VIVRE AVEC LE TEMPS. CE N'EST PAS UN SI MAUVAIS COMPAGNON.

   

Par regal - Publié dans : ORANGE AMERE
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Lundi 7 janvier 2008

179.jpg (illustration inconnue)
   
    Voici, ci-dessous, une lettre ouverte à Henri Vernes, concernant le travail effectué sur son personnage, Bob Morane, dans l'ouvrage intitulé "Bob Morane, Profession aventurier". Signé Rémy Gallart - avec l'appui de Francis Saint-Martin -, cette étude s'intéresse à cet "aventurier", ainsi que le disait le groupe "Indochine", héros datant de l'année 1953, ayant vécu plus de 200 aventures, et ayant été illustré en roman, en bd, à la télévision et en dessin animé. Bref, un "vrai héros de tous les temps". Les propos lapidaires et négatifs de l'auteur, Henri Vernes, parus dans le magazine "Reflets" m'ont paru devoir une réponse que vous lirez ci-après. En voici la teneur:

2.jpg






         


Cher Monsieur Vernes,
 

(Le beau Claude Titre,

incarnation du Héros parfait)


    J’avoue avoir été à la fois surpris et peiné de lire vos propos un rien acerbes, dans le dernier numéro de « Reflets », à propos de « Bob Morane, Profession aventurier », que j’ai écrit en collaboration avec Francis Saint-Martin.

 

« Un aventurier, dans le langage courant (écrivez-vous), est un personnage de sac et de corde, se servant de l’aventure pour parvenir à des fins malhonnêtes. Dans ce sens, Bob Morane n’est certainement pas un aventurier »

 

            Vous trouverez, en annexe, les définitions du terme, trouvées dans le dictionnaire français en ligne qui, me semble-t-il, décortique à satiété le sujet. Vous remarquerez que la définition négative ne vient qu’en seconde position. La première insiste sur le côté chevaleresque de l’individu, sa recherche éperdue d’aventures, la fantaisie qui s’attache à un tel personnage. Il me paraît que nous avons là les caractéristiques évidentes de Bob Morane qui, en l’absence d’aventures, s’ennuie chez lui, pantoufle, attendant qu’un quelconque évènement intervienne pour briser une soi-disant routine.

 

J’ai d’ailleurs, dans le corps de ma démonstration, bien développé, me semble-t-il, ce côté actif et désintéressé de Morane. Votre réaction virulente concernant le titre de l’ouvrage ne me semble donc pas pertinente d’autant plus, depuis l’apparition d’Indiana Jones, personnage certes de cinéma, mais servant aujourd’hui de modèle pour tous les héros modernes. Jones est bien un aventurier, intéressé, certes, par les antiquités à rapporter dans l’établissement où il enseigne, mais Spielberg a bien insisté sur le côté courageux, fantasque, touchant, même, de son héros. Toutes caractéristiques qui pourraient s’appliquer à Morane. Dommage, comme je l’ai écrit dans l’ouvrage, que vous n’ayez pas été de langue anglaise. Indiana Jones n’existerait pas, remplacé qu’il aurait été par son père spirituel, Bob Morane.

 

            « La critique détaillée de ce second ouvrage prendrait des pages de remarques négatives », ajoutez-vous.

 

            Trois ans de travail approfondi sur Bob Morane ; ses nombreux antécédents littéraires précisément étudiés et décortiqués ; les différents genres illustrés mis en exergue, ainsi que le résumé détaillé de chacune des aventures, tout cela, me semble-t-il, ne peut être biffé par une phrase qui sonne comme un avis globalement négatif.

 

Je suis pourtant toujours prêt à lire toute critique détaillée pour améliorer cet ouvrage qui est, bien que vous ne le signaliez pas, le premier à faire un tour aussi complet de l’univers de Bob Morane. Vous aurez cependant noté, à la fois dans les très nombreuses notes, ainsi que dans la bibliographie très détaillée, que j’ai tenté de n’oublier personne. Le moindre petit article, les interviews, les ouvrages précédents, ainsi bien sûr que le travail remarquable – car constant – des amateurs éclairés de « Reflets » ont été cités. Mon but était de réunir la plupart des informations pour qu’on puisse, à partir de cet ouvrage, travailler sur des sujets précis concernant le personnage. Certes, j’ai omis quelques noms – celui de Sanahujas, par exemple, qui a sauté à la composition -, et commis des erreurs, évidemment. Qui n’en commet pas ? Mais je pense que l’ensemble est de bonne tenue et ne mérite pas cette phrase, pour le moins expéditive.

 

Les journalistes qui ont rendu compte de l’ouvrage ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Aussi bien « Le Monde » que « Marianne », en passant par « Livres hebdo », jusqu’à France Culture et son émission « Mauvais Genres », tous ont insisté sur le « sérieux », la « complémentarité » entre le livre de Daniel Fano et le nôtre, certains – cf « Marianne » - s’amusant même de ce que l’on puisse parler, à propos du combat Ming/Morane, de « débat métaphysique entre le Bien et le Mal ». Bref, pour une fois, les avis sont tous louangeurs.

 

            Et pourtant, vous n’hésitez pas à terminer, en enfonçant le clou :

 

« Je ne doute pas des bonnes intentions des auteurs de Bob Morane, profession aventurier mais, justement, l’Enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions ? »

 

            Je connais trop votre sens de l’humour – parfois acide – pour ne pas considérer le proverbe que vous avez cité comme, justement, un clin d’œil – que j’espère amical – à notre endroit.

 

Cependant, cher Monsieur Vernes, nous n’avions ni « bonnes », ni « mauvaises » intentions concernant cette étude. Celle-ci se base sur les deux études que j’ai commises en 1982 et 1983, dans le fanzine « Le Fulmar », études qui sont unanimement considérées comme « intéressantes » et « bien documentées ». Sans que j’en tire, croyez-le bien, une quelconque gloriole car ce n’est pas moi qui ai écrit les Bob Morane !

 

J’ai pensé, avec l’appui de Francis Saint Martin, qu’il était temps de réactualiser ce travail, de le prolonger, de l’amplifier – ce que nous avons fait tous deux, mon partenaire s’occupant plus particulièrement des résumés. BobMoranePortrait4.jpg

 

            Contrairement à ce que vous laissez penser – après une lecture trop rapide, je pense -, « Bob Morane, profession aventurier » est, lui aussi, un livre « honnête » - nous n’avons jamais eu aucun parti pris, si ce n’est celui de mettre en exergue les qualités – et les défauts – du personnage, comme il est d’usage dans un livre exhaustif.
    C’est une étude également « bien documentée car se (nourrissant ?) à la source, replaçant Bob Morane dans un contexte littéraire ».


(ci-dessus, l'excellent Sanahujas,

trop tôt disparu, portraiturant notre héros)

       
    La documentation, l’ouvrage en est rempli – sous formes de nombreuses notes, d’extraits de multiples interviews que vous avez données, d’abondants fragments de romans, etc. La « source » de notre travail, en l’occurrence, ce sont les romans, vos propos et les études déjà menées concernant la littérature d’aventure. Quant au « contexte littéraire », il est très largement évoqué. Je vous encourage à lire plus attentivement le chapitre concernant les « antécédents littéraires » pour vous en rendre compte.

 

            Bref, « Bob Morane, profession aventurier » me semble valoir mieux que cette notule, à la fois expéditive et un rien condescendante, que vous avez mise en exergue dans le dernier numéro de « Reflets ».

 

            Peut-être avez-vous cru que j’avais écrit cette étude « en douce » ? Or, je vous le rappelle, je vous avais envoyé, il y a trois ans maintenant, la première préface de cet ouvrage. Vous m’aviez téléphoné un matin – assez tôt, je dois dire, preuve que, dès l’aurore, vous êtes prêt à partir à l’aventure – pour me faire part de votre sentiment, et m’indiquer quelques corrections à effectuer. Entre-temps, c’est vrai, Francis Saint Martin n’a pas voulu cosigner cette première préface, aussi en ai-je écrit une seconde. La première, pour rappel, se trouve sur mon blog : http://tagadam.over-blog.com/

 

            Si vous la lisez, je suppose que vous vous souviendrez de ce petit épisode.

 

            Voilà ce que je pouvais dire, concernant la défense de cet ouvrage qui, à mon avis – et à celui de Francis Saint Martin également, je suppose – mérite plus de considération. N’hésitez pas à le relire avec attention, sans agacement, et vous verrez que nous avons allié, à la fois l’affection – l’empathie même - que nous éprouvons pour le personnage, mais aussi la rigueur que mérite une véritable étude littéraire.

 

            Malgré ces légères frictions, je me permets de vous envoyer, cher Monsieur Vernes, mes meilleurs vœux pour cette année 2008, en espérant qu’elle donnera aux amateurs de nouvelles aventures de leur héros préféré – dans une collection enfin stabilisée.

 
 
 
            Votre dévoué Rémy Gallart
 
 

 
 
 

PS : dans le document qui suit, j’ai mis en rouge les définitions du dictionnaire et en bleu quelques-uns de mes commentaires.

 
 
 
 
 
  HenriVernes-Caricature.jpg
 
 (Illustration d'Henri Lievens, caricaturant gentiment Henri Vernes à la glorieuse époque Marabout)
 
 
 
 
 
AVENTURIER, IÈRE, adj. et subst.
 
 
 

I.− Emploi adj., peu fréq., littér. [En parlant d'une pers. d'une qualité propre à une pers.] Qui a un rapport plus ou moins direct avec l'aventure.

 

A.− [L'accent est mis sur l'esprit plus ou moins fantaisiste du sujet intéressé] Qui va à l'aventure, au hasard : (ainsi que vous le dites très souvent dans les Bob Morane)

 

1. ... quelle est la façon la plus pittoresque de comprendre et de mener la vie ? N'est-ce pas celle des comédiens ambulants, des poètes aventuriers et, par delà, des gymnastes étincelants de paillons, vainqueurs des lois de la pesanteur ? Lemaitre, Les Contemporains, 1885, p. 23.

 
 
 

B.− [L'accent est mis sur la participation active du sujet intéressé]

 

1. Qui aime, recherche l'aventure, les entreprises difficiles ou risquées, qui s'engage dans des expéditions lointaines par terre ou par mer. (Là encore, Bob Morane correspond bien à cette définition)

 

2. Le fils excellait à monter à cheval ; il était brave comme un chevalier, seule vertu que le vieux père exigeât de sa race. Son esprit eût été supérieur s'il eût été cultivé ; son cœur était noble, généreux, aventurier : véritable nature vendéenne qui m'attacha à lui. Lamartine, Nouvelles Confidences, 1851, p. 113.

 

3. Les premiers Marchands Aventuriers (quel beau nom, où le commerce est ennobli par l’aventure !), dès le quinzième siècle, partaient vers des marchés inconnus sur des caravelles frétées par les négociants de la Cité ; après cette hasardeuse époque, ce fut l'âge des grandes expéditions encouragées par l'état; ... Morand, Londres, 1933, p. 323.

 
P. anal. : aventurier-arche-copie-2.jpg
 

4. ... on pouvait facilement sauter le mur pour se trouver dans la cour d'une maison inhabitée, tombant en ruine. On y entrait par la cave, sous l'escalier, en se hissant à travers le trou que formaient deux marches manquantes. Il y a un bon Dieu pour les enfants, naturellement aventuriers, explorateurs, romanesques, comblant le manque de connaissances par l'imagination. E. Triolet, Le Premier accroc coûte deux cents francs, 1945, p. 287.

 

Au fig., domaine mor. Qui se plaît à poursuivre un idéal difficile et plein d'imprévu :

 

5. ... l'intelligence a toujours dû s'urbaniser pour atteindre les sommets, car l'intelligence est aventurière; tandis que la foi, qui est fidélité et contemplation, s'accommode mieux du silence des champs. Mounier, Traité du caractère, 1946, p. 87.


 

.
Péjoratif
 

a) Domaine pol. soc. Qui cherche à se faire valoir par des procédés plus ou moins douteux : (définition négative qui, on s’en rend compte sans discussion, n’a rien à voir avec notre personnage…)

 

6. Clemenceau? un personnage pittoresque, impulsif, cherchant l'effet. Un ambitieux incomplet, avec du raté dans son cas. Un peu aventurier; un peu boulevardier. (...). (...), un certain génie de l'action; une façon de gouverner passionnée, vivante, cavalière. Romains, Les Hommes de bonne volonté, Le 6 octobre, 1932, p. 159.

 

b) P. anal. et p. euphém., domaine amoureux. Qui est enclin aux aventures galantes :

 

7. Au premier coup d'œil, sa vie vagabonde et la nature de son roman semblent d'accord pour nous faire voir en Rabelais, malgré sa double robe, un homme de principes relâchés, d'humeur aventurière, de mœurs libres, aussi jovial que savant, au propos cynique et satirique; ... Sainte-Beuve, Tabl. hist. et crit. de la poésie fr. et du théâtre fr. au XVIe s., 1828, p. 266.

 

Rem. À la forme adj. aventureux s'utilise de préférence à aventurier, de même qu'à la forme subst. aventurier s'utilise de préférence à aventureux.

 

II.− Emploi subst. Personne qui a un rapport plus ou moins direct avec l'aventure.

 

A.− [Sans insistance sur la participation active de la pers. intéressée]

 

1. Except. [Avec une idée de certitude] Personne qui dit la bonne aventure, qui prédit l'avenir :

 

8. ... puis elle s'asseyait sur ses talons tout contre moi, me regardait curieusement à la lueur du feu, prenait ma main mourante pour me dire ma bonne aventure, en me demandant un petit sou; c'était trop cher. Il était difficile d'avoir plus de science, de gentillesse et de misère que ma sibylle des Ardennes. Je ne sais quand les nomades dont j'aurais été un digne fils me quittèrent; lorsque, à l'aube, je sortis de mon engourdissement, je ne les trouvai plus. Ma bonne aventurière s'en était allée avec le secret de mon avenir. Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 1, 1848, p. 421.

 

2. Peu fréq. [De façon totalement imprévisible] Personne qui va à l'aventure, au hasard. (Quasi-)synon. bohème :

 

9. Il y avait dans ses veines du sang de bohémienne et d'aventurière qui va pieds nus. On s'en souvient, elle était plutôt alouette que colombe. Elle avait un fond farouche et brave. Hugo, Les Misérables, t. 2, 1862, p. 126.

 

B.− [L'accent est mis sur la participation active de la pers. intéressée]

 

1. Personne qui aime, recherche l'aventure, les entreprises risquées.

 

a) Personne qui s'engage dans des expéditions lointaines, généralement en quête de gloire, de découverte, plutôt que de profit. (Morane, lui, ne recherchant pas la gloire, évidemment, mais bien des entreprises risquées – contrer l’Ombre Jane en étant une, et de taille – ainsi qu’adorant les expéditions aux quatre coins de la planète)

 

− Domaine milit. Engagé volontaire faisant la guerre pour s'illustrer par les armes, sans recevoir de solde; p. ext. soldat mercenaire : (définition négative qui n’intervient, vous en conviendrez, que très tard et, une fois encore, n’a rien à voir avec Morane – d’ailleurs, dans notre étude, jamais cette dimension dépréciative n’est seulement abordée !)

 

10. Ce sont les soldats accoutumés au brigandage, c'est la lie du peuple, ce sont des aventuriers pervers et immoraux, tels que Regnault de Saint-Jean-d'Angély, Fouché, etc., qui ont appelé Bonaparte. Il a enfreint un traité qu'il avait consenti lui-même; il vient comme un pirate, comme un brigand, avec le poignard d'un Genséric et la massue d'un jacobin, porter encore la désolation chez ce peuple qui l'avait repoussé. Maine de Biran, Journal, 1815, p. 50.

 

11. Le conseil de Bourgogne s'occupa aussitôt de pourvoir à la sûreté du duché. On convoqua des hommes d'armes; Antoine de Toulongeon fut chargé de l'office de maréchal, au lieu de son frère prisonnier; un nommé Perrin Grasset, aventurier et chef de compagnie, fut envoyé dans le Charolais, et tarda peu à surprendre la ville de la Charité, si importante pour les Français à qui elle assurait le passage de la Loire. Barante, Hist. des ducs de Bourgogne, t. 4, 1824, p. 418.

 

je-suis-un-aventurier.jpg 12. Il se laissa entraîner à conter ses campagnes africaines. Gigantesques aventures, dignes de celles des Pizarre et des Cortès! Christophe voyait revivre avec stupéfaction cette épopée merveilleuse et barbare, dont il ne savait rien, que les Français eux-mêmes ignorent presque tous, et où, pendant vingt ans, se dépensèrent l'héroïsme, l'audace ingénieuse, l'énergie surhumaine d'une poignée de conquérants français, (...) conquérant à la France, en dépit de la France, un empire plus grand qu'elle. Une odeur de joie puissante et de sang montait de cette action, où surgissaient aux yeux de Christophe, des figures de modernes condottieri, d'aventuriers héroïques, imprévues dans la France d'aujourd'hui, et que la France d'aujourd'hui rougit de reconnaître : pudiquement, elle jette sur eux un voile. R. Rolland, Jean-Christophe, Dans la maison, 1909, p. 1038.

 

13. Je regarde leurs faces crispées, pâlies, profondes. Ce ne sont pas des soldats : ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine − bouchers ou bétail. Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu'on reconnaît dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés. Barbusse, Le Feu, 1916, p. 265.

 

14. Égaré dans notre temps, fait pour la conquête et le rapt, on le voyait entrant dans une ville forcée, l'armure mi-rompue, au glas du tocsin, le regard en quête de proies vives et de butin gisant... S'il avait les instincts, il avait aussi les dons des grands aventuriers d'autrefois. Les intellectuels : instruit, artiste, éloquent; surtout les militaires. Partout dans le champ du métier il primait : au quartier, à la manœuvre, à la critique des opérations. Il était fertile, sagace, inventif; il procédait par saillies et intuitions, si perçantes qu'elles semblaient des divinations. Il possédait à l'aigu le sens du terrain, ce coup d'œil jeté dans l'espace, qui est le propre du cavalier. Pesquidoux, Le Livre de raison, 1925, p. 218.

 

SYNT. Hardi, vieil aventurier; bande d'aventuriers. − PARAD. (Quasi-)synon. soudard, spadassin. (On le comprend, bien qu’ancien « commandant », Bob Morane n’a rien d’un militaire – d’ailleurs il s’entend souvent très mal avec ces derniers, comme d’ailleurs avec les directeurs d’agence d’espionnage)

 

Spéc., HIST. Celui qui recherche les aventures de chevalerie : (et chevalier, Bob Morane l’est plus que tout autre héros de la littérature populaire actuelle)

 

15. ... au point de vue politique il avait été vraiment l'homme nécessaire, taillé à la mesure de l'épopée ou plutôt la dominant, puisque, seul d'entre tous ces paladins, il sut intégralement, cette épopée, la « réaliser » à son profit. En lui en effet l'aventurier sans scrupules avait tout naturellement, tout continûment fait place à l'homme d'état, (...). Les anciens Grecs, à la manière des bâtisseurs d'empire, l'eussent nommé Baudouin le Fondateur. Cet état franc de Jérusalem, né de la surprise, se trouvera, dès que posé par lui, du jour au lendemain si solide que nul après lui n'osera le remettre en question. C'est en cela que le formidable aventurier dépasse l'aventure. De cette marche extrême de la chrétienté il fit ce qu'elle devait être pour rester viable : une solide monarchie militaire. Grousset, L'Épopée des croisades, 1939, p. 107.

 
 

 
(Indochine a également donné ses lettres de noblesse à "l'aventurier" Bob Morane, bien avant notre modeste ouvrage)

aventurier-indochine.jpg
 
 
 
 


Par regal - Publié dans : ORANGE AMERE
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Dimanche 5 août 2007

Chère Nadine,

J'aurais pu, c'est vrai, faire "comme si". Vous, si belle, si blonde, si délicate, si au-delà des contingences, bassement matérielles... Vous qui devenez, quand vous entrez dans une pièce, un soleil à nul autre pareil. Vous qui, Oh oui, Nadine, ne vous contentez pas de briller - ce qui, à tout prendre, serait déjà beaucoup, mais qui "rayonnez", étincelante d'une beauté qui irradie la blondeur des blés, l'odeur du foin coupé, les amours enfantines, la joie d'un mariage en blanc et oh combien heureux, nous en sommes sûrs...

J'aurais pu, j'aurais dû, j'en conviens, ne rien dire. Ne pas vous interrompre alors que vous aspiriez, avec la délicatesse qui a toujours caractérisé chacun de vos gestes, l'odeur de cette fleur allanguie à laquelle vous faisiez de l'ombre...

Je n'ai pas su rester à ma place. J'en suis encore bourrelé de remords, le coeur en miettes, et je sais déjà que plus personne ne voudra me parler, désormais, moi qui vous ai faite descendre de votre piédestal. Alors que l'aéropage de vos admirateurs ne cessait de s'agrandir, ce devait être un diable bien ricaneur qui m'a poussé à me pencher vers vous et à vous murmurer - cependant assez fort pour que tout le monde entende: "Vous avez, très chère, une minuscule salissure au coin de votre joli nez"...

A peine ces mots m'étaient-ils échappés, que je les regrettai, oh combien! Mais il était trop tard. Un unanime cri d'effroi glaça ce moment unique et je sentis que vous vous morceliez en mille morceaux. Et sur votre visage, si pur, si parfait, se peignit une douloureuse expression qui, aujourd'hui encore, me déchiquète ce qui me reste de coeur.

Nadine, je souhaite de tout coeur que votre mari vous reprenne, que votre famille vous fasse sortir de cet horrible hôpital pour parents déments, que vous recommenciez à vous alimenter et qu'enfin, vous reveniez à la vie.

Je prie pour vous toutes les nuits, ma chère amie, moi qui, dans un moment d'égarement, ai pris l'ombre d'une fleur pour une quelconque souillure.

Votre dévoué Aristide DesPrès.


Par Charles Albert - Publié dans : ORANGE AMERE
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Mercredi 18 juillet 2007
Très cher vicomte,
J'aimerais tant que vous eussiez raison.
Hélas! Le temps, vous ne l'ignorez pas, travaille contre l'humaine condition, sciant la branche sur laquelle nous nous tenons, tant bien que mal, tels de malhabiles animaux pensants. Certes, en d'autres temps, les moeurs étant ce qu'elles étaient, on n'eût pas parlé "d'inconduite" ou "d'inconvenance", plutôt de "propos bigarrés" et autre billevesées. Depuis, sous le pont Mirabeau, se sont succédées les eaux d'une Seine qui a charrié de nombreux cadavres, ceux de nos amours défuntes, comme le dit le poète. Votre insistance à vouloir gommer ces dires inconvenants aurait pu trouver sa place dans un univers nettement plus permissif. Au jour d'aujourd'hui, notre société, vous ne l'ignorez pas, n'accepte plus les écarts de langage tels que celui que vous commîtes, hier soir, lors du dîner que je donnai en l'honneur de ma jument Hétaïre.
J'eusse pu vous pardonner vos propos injurieux s'ils eussent été prononcés en fin de repas, instant propice où l'esprit, engourdi par l'alcool et la bonne chère, se met à divaguer sans frein. Vos mots blessants ont été émis lors du début de cette collation et vos épithètes ont joué le rôle du picador face à un taureau qui n'en pouvait mais. Hétaïre ne s'est jamais laissé "monter" par tout un "haras", ainsi que vous l'avez prétendu. J'y ai veillé... Je suis trop jaloux de sa croupe à nulle autre pareille pour accepter, dans le sein de ma propre maisonnée, un autre maître étalon que moi-même. Vos sous-entendus ricaneurs ont agi sur moi comme des coups de couteau me lardant le coeur. C'est la raison pour laquelle, très cher vicomte, je vous refuserai désormais l'entrée de mon haras et, par conséquent, celle de la croupe rebondie d'Hétaïre.

Votre dévoué - mais profondément blessé - marquis de La Fère Motte.
Par Charles Albert - Publié dans : ORANGE AMERE
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Jeudi 7 juin 2007

LA MONTAGNE EST COMME UN MAMELON. IL FAUT L’HONORER

 

FEMMES ET HOMMES SONT DES FRUITS DONT LA SAVEUR EST COMPLÉMENTAIRE.

 

LE MAÎTRE EST UN ÉLÈVE QUI NE CESSE D’APPRENDRE.

 

TU N’ES PAS UN SAUMON QUI REMONTE LE COURANT.

 

ACCOMPAGNE TOUS LES MOUVEMENTS DE LA VIE, MÊME LES PLUS VIOLENTS

 

QUAND LA MORT VIENT TE CHERCHER, EMBRASSE-LA SUR LES LÈVRES.

 

ABSTIENS-TOI DE REGARDER LE SOLEIL EN FACE, MUNI DE LUNETTES NOIRES

 

LORSQUE L’AMITIÉ COULE A FLOT, L’IVRESSE EST BONNE

 

TA VIE EST SANS LIMITE PUISQU’ELLE N’A JAMAIS COMMENCÉ.

 

NE METS JAMAIS TES PAS DANS CEUX DU GRIZZLI

 

EN T’ÉVEILLANT, LAISSE TES RÊVES ENLACER LA RÉALITÉ.

 

AU FIL DES JOURS, REPRISE SANS CESSE TA JOIE DE VIVRE.

 

DANS TA MAIN TU PEUX CONTEMPLER L’UNIVERS

 

DANS CHAQUE ONCE DE TON CORPS RONRONNENT DES PLAISIRS SUBTILS.

 

ABANDONNE-TOI À LA COLÈRE, À CONDITION QUE TU LUI FASSES DE BEAUX ENFANTS.

 

N’OCCUPE PAS TES HEURES À COMPTER LES MINUTES.

 

LAISSE S’ÉBATTRE LIBREMENT L’ENFANT QUI EST EN TOI.

Par regal - Publié dans : ORANGE AMERE
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Jeudi 7 juin 2007
Dormez, je le veux, disent les politiques ("ego sum" ad vitam nauseam, spécialistes d'une langue de bois qui jamais n'enflamme les consciences);
    Les financiers (Je suis celui qui boit, à ta santé, gentil mouton travailleur avec si peu de laine mais ce sera suffisant pour nourrir mes fonds de pension);
    Les journalistes vendus (pléonasme?), en tout cas à vendre, à l'overdose scripturale, à l'imagerie publicitaire mais à la neutralité, oh combien, tarte à la crème;
    Les "professionnels" (de tout, donc de rien, mais surtout du pire... pour les autres);
    Les hommes d'églises - de mosquées, de temples, de synagogues (ne cours pas, camarade croyant, le vieux monde est devant toi. Accepte tout puisqu'ici, et maintenant, tu n'es rien);
    Les fricoteurs de tout bord (de drogues, de médailles, d'oeuvres d'art, de hochets médiatiques, etc)
    Ils (elles) sont tous là pour toi, l'ami(e), pour "gommer dans ta face" le reste de traits qui faisaient de toi un être unique. Jusqu'à ta mort qui te sera dérobée par les pleureurs patentés qui, d'un revers de manche, t'encageront dans quelques mots faisandés pour mieux te faire disparaître.
    Dormez, je le veux, disent-ils, depuis l'aube des temps. Avec, parfois, plus ou moins de bonheur. Aujourd'hui, dans notre France éternelle, ils ont gagné.

Définitivement?
Par Nicolas Deleuze - Publié dans : ORANGE AMERE
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Jeudi 7 juin 2007

L
a loi du plus mort est toujours la meilleure.
Qui aime bien, chatoie bien.
Abondance de riens ne nuit pas.
L’apathie vient en (trop) mangeant.
Il n’y a que la parité qui blesse.
On a toujours besoin d’un plus précis que soi.
Tous les poux sont dans la nature.
On ne prête qu’aux chiches.
Nécessité fait poids.
Mocheté n’est pas vice.
Qui sort dîne.
Qui mord dîne.
Deux vits valent mieux qu’un.
Chacun chez soi et pieu pour tous.
Dis-moi qui tu tentes, je te dirai qui tu es.
Tout chemin mène à l’Homme.
Le soleil fuit pour tout le monde.
A l’inadmissible nul n’est tenu.
A tout saigneur, tout honneur.
Bon sens ne peut mentir.
Le jeu ne vaut pas la dentelle.
Il n’est pire eau que l’eau qui mord.
Les roux ne se mangent pas entre eux
Prudence est mère de charité.
Qui ne dit mot s’entend.
Telle paire, tel fils.
Nulle n’est parfaite en son lit.
Par BLANCHE BAPTISTE - Publié dans : ORANGE AMERE
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Vendredi 14 juillet 2006
 

  Toilettes cherchent cancanier
Pour leur vie dégueuler
*
Orteil fatigué de la vie
Réclame à cors et à cris
Panaris bien juteux.
*
Victor Hugo:
Ou comment, avec une barbe,
On devient prophète
*
Don Juan à Quasimodo:
"Comment fais-tu, dis,
Le soir, face aux images pieuses?"
*
Alexandre voyant,
Dans la femme,
Un sac de nœuds
Le mac, aujourd'hui,
Reluquant
Le sac de viande
Question d'appétit
Sûrement.
*
Gigolo pervers,
Cherche chienne en chaleur.
*
Après une vie de débauches inouïes,
il se retira dans un monastère,
Priant Dieu tous les jours
A la chapelle.
Et puis on le surprit
A faire une pipe au Christ,
Sur la croix
*
Vieux sexe,
sachant encore dresser la tête
Cherche place de Maître-Queue.
*
Question :
A l'assassin ricanant dans son box,
Le juge, excédé: "Toi y en a vouloi'
Bananes?"
*
C'était le Futur:
Il fut incapable de le vivre au présent
*
Judas :
Ou l'oeil était dans le bois
*
Petits câlins coquins
Recherchent bécots mouillés.
*
Le provocateur:
Il se leva d'un bond, se précipita vers ma femme, lui arracha les vêtements, la viola, me frappa, me viola puis se rassit en disant: "C'est ce que j'appelle du spectacle facile et à moindre frais"
*
Elle vendait ses charmes
Comme on donne des taloches
Clients masos à la folie.
*
Frelon cherche ruche
Pour expérience communautaire.
*
Affinités sélectives :
Cravate propre
Cherche Pardessus
Bon chic bon genre
*
« Je crois à l'Histoire,
Me dit-il,
Car j'aime me shooter
Au désespoir »
*
Graffito
Cherche Graffitard
Aux yeux cernés.
*
Echangerai courgette (ou carotte)
Contre banane (mûre de préférence)
*
Editeur en faillite
Recherche manuscrits vierges
A des fins libidineuses.
*
L'espoir se fit la malle,
Vide de lui-même.
*
Quand l’éros tique
L’hétéro gêne.
*
Rongeur
Cherche nouvelle corde.

Par regal - Publié dans : ORANGE AMERE
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Lundi 12 juin 2006
 

MUTANT

    C'est dans une rencontre avec une poutre qui, proprement, vint le heurter juste au-dessus de l'oeil droit, qu'il devint mutant. La femme qui se pencha vers lui arbora, outre un sourire plein de sollicitudes, une poitrine à faire damner un Saint et un entre-jambes qui le requinqua immédiatement.

   Plus tard il comprit que la poutre avait débloqué un sens, celui de la perception extra-vestimentaire et qu'il avait, dorénavant, la faculté de voir tous les êtres humains nus comme au jour de leur naissance.

   Cela lui plût... Au tout début. Puis il n'y fit plus attention. Pour finir, cette mutation l'indisposa grandement. Il chercha un moyen d'y remédier mais il n'y en avait aucun. Il possédait "l'Oeil Voyeur", ainsi que le nommait un journaliste.

   Désespéré, au bout de deux années longues et tristes, il fut enfermé dans une maison de repos le jour où, en hurlant, il se promena dans les rues, entièrement dépourvu de vêtements, "par réaction", avoua-t-il.

 
GALLIMATIAS

  Il trempa délicatement, esthétiquement, sensuellement, une madeleine dans son café. Sa femme sursauta et accusa le coup.

   Il n'eut pas le temps de s'expliquer que, déjà, elle avait sorti son .P 38 et la décharge lui déchira le ventre alors qu'il se levait pour s’expliquer.

   Madeleine, sa femme, était d'une jalousie qui frisait le ridicule!

 
APPEL

   Comme un signe... Le feu passait au rouge, juste devant une demoiselle en Vespa. Il la détailla pour se remémorer ses traits et tira sa Kalashnikoff de son gros sac, comme la fille s'apprêtait à se remaquiller, dans l'inter-temps donné par la signalisation. Mais l'arme s'enraya et la fille partit tranquillement sur son minuscule véhicule. Allons bon! Ce serait pour une autre fois...

   Il démarra à l'orange suivant et entr'aperçut le bolide qui allait le percuter. C'était une américaine. Il apprécia l'ironie à sa juste valeur.

 
    TRES CHERS AMIS

   Au bout de vingt ans d'une vie dissolue, le Comte de R... se décida enfin à quitter le monde des vivants. Un sien ami lui avait donné l'adresse d'un monastère au-dessus de tout soupçon. Il y fut accepté par des moines aux visages graves et empreints de sérénité.

   Au bout de vingt jours, la vie agréable manquait au Comte de R..., mais il tint bon.

   Cependant, au milieu d'une nuit d'insomnie furieuse, le Comte entendit soudain les bruits d'une fête. Intrigué il se dirigea à l'ouïe et déboucha dans la salle à manger. Là, tous les frères se démenaient en compagnie d'accortes jeunes femmes. Et quand ils tournèrent leurs faces rougies par le feu de l'action, le Comte reconnut ses amis qui, en cachette, avaient décidé de lui faire une agréable surprise.

   En soupirant le Comte se joignit à eux en admettant, par devers lui, que la vie monastique avait, parfois, du bon...


Par Barbara Style - Publié dans : ORANGE AMERE
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Lundi 5 juin 2006



    H.P Lovecraft, MR James, Lord Dunsany, Ambrose Bierce, W. W. Jacobs, Bram Stoker... Une pléiade de noms illustres dans un recueil de textes fantastiques.
    Le premier n'est-il pas en effet le créateur du Mythe de Cthulhu dont les différents avatars se sont retrouvés dans de nombreux pulps ? Le second, Montague Rhodes James, est reconnu comme étant un des pères des « ghost stories », ces histoires de fantômes qui, au dix-neuvième siècle, ont fait frissonner l'Europe entière. Lord Dunsany, lui, a été admiré par Lovecraft et est considéré comme le père de la Fantasy moderne. Quant à Ambrose Bierce, il s'agit d'un nouvelliste émérite qui a ciselé de nombreux textes brefs désespérés. W. W. Jacobs est également un nouvelliste fantastique, « La main de singe » est un de ses textes les plus célèbres -, alors que Bram Stoker, est-il nécessaire de le rappeler, a été le créateur génial du personnage de Dracula.
    Plus de six artistes représentants émérites du fantastique classique réunis dans le même recueil, voilà de quoi faire saliver le lecteur. Mais il s'agit d'un ouvrage de poche, destiné au large public et le problème se pose alors de savoir quelle illustration on va choisir pour la couverture. Les éditeurs auraient pu opter pour un tableau - ou un extrait de tableau -, et ce afin, d'une part, de donner une ambiance très dix-neuvième siècle au recueil - ce qu'il est, vu les auteurs choisis -, et d'autre part pour éviter de payer des droits à l'illustrateur. Au lieu de ça, puisqu'il s'agit d'une édition populaire, les décideurs de la maison d'édition Avon ont choisi une illustration originale. En l'occurrence celle sur laquelle nous allons brièvement disserter.
    Que voit-on sur cette couverture ? De prime abord un couple BCBG face à d'étranges créatures manifestement hostiles. Tout, dans la représentation qu'a fait l'illustrateur de la scène, laisse à penser que nos deux héros sont en mauvaise posture. Les étranges créatures viennent certainement d'être surprises par le couple. Il s'agit de mâles agressifs, dont l'un jette un regard terrible vers les deux jeunes gens, les griffes déjà prêtes à écharper. Indubitablement, ces créatures ont un mauvais dessein en tête. Sont-ce des êtres diaboliques venus de Cthulhu ? On pourrait le croire, si l'on se fie à leur double apparence, à la fois de fourmis et de volatiles, en raison de la cuirasse qu'elles arborent et du bec de perroquet qui leur sert de visage. Elles semblent vomies des tréfonds de la Terre, armées de mauvaises intentions, prêtes à déferler sur les pauvres humains qui, bien entendu, ne se doutent de rien.
    Quant à l'homme et à la femme, les deux protagonistes qui nous rendent cette scène encore plus terrifiante, ils ont certainement compris que leur vie était menacée. Cependant observez bien l'homme. Il a passé une main protectrice autour de l'épaule de sa compagne. Son autre main s'appuie sur une portion de roche. A part le costume légèrement défraîchi qu'il porte, ainsi que l'absence de cravate, rien ne laisse présager  - sur son visage et dans son attitude - qu'il a réellement peur. La trouille, la vraie, il ne la ressent pas, semble-t-il. Bien au contraire, ce beau brun à la mâchoire carrée est « droit dans ses bottes ». Il attend une possible attaque, l'air tranquille, sans même avoir besoin d'une quelconque arme au contact rassurant. Il paraît n'en avoir pas besoin. Ses poings sont sa seule défense.
    Quant à la femme, la robe qu'elle porte l'apparente à une de ces héroïnes du dix-neuvième siècle, alors que le costume de son protecteur, lui, fait penser aux années cinquante/soixante. Cette apparente contradiction est accentuée par son décolleté, par forcément vertigineux, mais quand même très échancré pour le lecteur mâle voyeur.
    D'un côté le Mal déferlant sur le Monde. De l'autre, un couple - Adam et Eve du vingtième siècle - issu d'un Eden qui va se transformer en Enfer ? La parabole est évidente et, même si elle est immédiatement et naïvement lisible, cette couverture populaire n'en dit pas trop. Elle synthétise un moment charnière d'une nouvelle ; l'instant où les protagonistes sont mis en scène, juste avant de les lancer dans l'action. La charge symbolique de cette Humanité - Blanche, il va s'en dire - devant sans cesse affronter des démons décidés à lui faire la peau est ici très éclairante. C'est « Eux » contre « Nous ».
    Et ce message, bien que datant des années soixante du siècle dernier, résonne encore aujourd'hui dans les discours du président de cette Nation qui, justement, a produit le texte mis ici graphiquement en scène.




Par Blanche Baptiste - Publié dans : ORANGE AMERE
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