Les années 2000 sont incontestablement les années du retour gagnant pour Gérald Forton, petit-fils de Louis Forton, le créateur des Pieds-Nickelés.
Tom Drake est un agent du FBI qui, dans les années 30, se trouve face à la Maffia et, bientôt, face à d'autres crapules, venus à la fois de la politique et du milieu artistique. Deux albums sont parus (12? chaque): "Flouze Blues" et "Le trésor de l'indien". Quant à Dan Géronimo, c'est un privé qui oeuvre dans les années 50, en compagnie de sa chère et tendre, dans une ville de Chicago toujours aussi dangereuse. "Blues pour un inconnu" a introduit le personnage et, en septembre 2006, devrait paraître "Fausse donne".
Il comprendra d'ailleurs un Teddy Ted pratiquement inédit intitulé: "Il fait chaud à Wichita", qui était une aventure complète, un supplément de l'époque - les années 60 - incluse dans un numéro de Vaillant, le journal de Pif. L'éditeur y rajoutera certainement une nouvelle inédite de Roger Lécureux ainsi qu'une interview parue dans Vaillant. Plus d'autres surprises aussi alléchantes.
Au vu de l'accueil de ce premier album, il est évident qu'il comblait un manque pour tous les amateurs du héros "aux yeux clairs" qui a fait les beaux jours de "Pif gadget".
A quand, maintenant, les rééditions de Kim Devil, cet intrépide aventurier scénarisé par Jean-Michel Charlier (dont une aventure inédite serait d'ailleurs sur le point d'être dessinée par notre fringant expatrié)? Il semble que ce soit, là aussi, pour bientôt.
Quant aux aventures inédites en album de "Tiger Joe", autre aventurier oeuvrant en tant que chasseur dans l'Afrique encore coloniale, elles semblent également être sur le point de voir le jour!
On le comprend, les petits éditeurs - par la taille, pas par l'ambition - ont décidé de mettre en valeur un pan entier de la bande dessinée franco-belge qui, jusqu'à présent, avait été scandaleusement oublié. Un pan entier, oui, car à lui tout seul Gérald Forton représente la mémoire vivante des journaux "Pif", "Spirou", "Tintin", "Pilote", "Trio" et "Télé Junior" (dont il a d'ailleurs été un moment le directeur de la rédaction). Excusez du peu.
Première planche de "Il fait chaud à Wichita".
L'accueil du public est encourageant, ainsi d'ailleurs que celui des journalistes qui soulignent la qualité des dessins réalistes de notre auteur. Un exemple, ci-dessous, dans le journal "Midi-Libre".
Que ceux qui n'ont jamais entendu parler de Bob Morane, de Bill Ballantine et de l'Ombre Jaune lèvent le doigt ! Nous avons presque envie de dire « qu'ils se dénoncent ». En fait, nous savons qu'il y aura peu de monde, en vérité, qui osera le confesser car, mis à part quelques habitants du Groenland ou de la Patagonie - et les Chinois, aussi, ainsi que les Hindous, d'ailleurs, reconnaissons-le -, depuis plus de 50 ans que le commandant Morane a surgi des pages de la toute jeune alors collection Marabout Junior, il ne s'est pas passé une seule année sans qu'on ait des nouvelles de notre fringuant ex militaire. Il est vrai qu'Henri Vernes, son auteur, qui l'avait porté sur les fonds baptismaux, a soutenu son héros pendant toute cette longue période avec une fidélité exemplaire puisque, même au creux de la vague des années 80 - où Morane jouait les Belles au Bois dormant-, il surnageait encore, grâce à la bande dessinée.
Bob Morane/Henri Vernes, une équation qui a donc fait ses preuves et qui méritait qu'on s'y arrête. L'auteur populaire, contrairement à ce qu'on pensait généralement - et encore un petit peu, il faut le reconnaître, n'est pas un simple « pisseur » de copie. Il est plus que cela même si un regard superficiel peut laisser penser que, dans ces « petits romans », il n'y a pas grand-chose à glaner, si ce n'est quelques heures de détente et quelques formules-gags qui, dans l'immense corpus de près de 200 romans illustrant ses aventures, font régulièrement mouche.
La littérature populaire n'est pas une littérature qui a les yeux de Chimène pour la Légion d'Honneur (même si elle y accède parfois). Elle pète, elle rote, elle est volontiers grossière; elle en fait au final toujours un peu trop, usant et abusant d'images et de « syntagmes figés ». Elle ne monte les marches de la gloire que grâce à la fidélité indéfectible des lecteurs qui vont accompagner leur écrivain favori jusqu'à un âge avancé. Comme la musique populaire, on vieillit avec l'auteur et son héros mais, alors que le personnage conserve ses illusions, le lecteur, lui, les a perdues depuis longtemps. Ce qui lui reste ? Le souvenir, sans cesse réitéré, d'une adolescence enivrante, moment magique où chacun croyait pouvoir soulever des montagnes par la seule force de sa volonté.
On a longtemps refusé d'admettre que l'auteur de roman populaire est une éponge. Cet auteur-là n'invente pas - ce n'est d'ailleurs pas ce qu'on lui demande. Il ne fait qu'accompagner ses contemporains dans leurs errements, ce qui peut l'amener certes à se renier, de romans en romans, mais sans que cela prête à conséquence pour son personnage. Notre commandant Morane, par exemple, bien que militaire, a parfois des pensées pour le moins curieuses.
Mais foin d'explications pseudo freudiennes. Toute la littérature - la grande comme la petite - joue ce jeu de révélateur et appuie là où ça fait mal. Bob Morane, manié avec dicernement par un Henri Vernes, écrivain populaire et qui le revendique, n'a pas failli à la règle. Mais, héritier des Dime Novels - qui ont enrichi l'imaginaire de l'auteur dans sa jeunesse - cet aventurier a le charme suranné d'un monde certes fini et pourtant éternel, puisque destiné à nous faire rêver. Plus que d'un aventurier, d'ailleurs, on pourrait parler de lui comme d'un héros « réactif ».
REGARD DES AUTRES
Comme on aimerait avoir la force d’invectiver ceux qui nous agressent, qui savent, qui ont un avis sur tout, qui sont le monde à eux tout seuls. Ceux-là, vraiment, qui sont parfois de vrais proches, d’autres vous-mêmes, vous aimeriez les faire disparaître, d’une simple calotte, d’un coup violent sur le visage afin d’en effacer la morgue autosatisfaite ou bien, pourquoi pas, d’une rafale d’arme automatique pour voir comment ça fait, comme lorsque nous étions gamins et que nous nous régalions de films d’action dans lesquels le héros se débarrassait des importuns de cette si agréable manière.
Chère Sadia,