Mardi 4 avril 2006
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Illustrez, illustrez, il en restera toujours quelque chose, comme dit l'autre. Effectivement, un dessin, qui vaut mieux qu'un long discours est également la preuve qu'une feuille blanche, si on la badigeonne bien, deviendra une oeuvre d'art. Certes, pas plus importante que les dessins effectués par nos ancêtres sur les grottes de Lascaut, mais témoignage quand même d'une certain prééminence de l'acte gratuit, celui qui consiste à tracer des lignes, à couvrir de couleurs, un visage, une figure, une silhouette ou un paysage pour démontrer qu'on en a saisi l'essence même.
On est loin ici de la bande dessinée, encore que... L'auteur de ces fameuses bandes dessinées n'est rien moins qu'un créateur de cinéma muet... et presque sans continuité qui cherche, à travers son art de l'ellipse, à retranscrire un pseudo réel. Pseudo car cet univers - comme celui du roman, du théâtre ou du cinéma - n'est qu'une univers de conventions. On joue à faire semblant, à laisser croire au lecteur-spectateur que ce qui est dit, au travers des images, a quelque chose à voir avec le vivant. Or rien n'est plus irréel qu'une histoire racontée à grands renforts de simulacres.
Une narration éclatée ou classique utilise des subterfuges éprouvés, ceux d'un photocpiage du réel qui, au fond, n'est qu'une pâle copie pour tous ceux qui cherchent de la véracité dans les récits narrés par les auteurs. Il n'y a jamais de réalité dans un texte - une bd, un film, une pièce de théâtre. Tout le monde fait semblant, joue à être quelqu'un d'autre, suivant les désirs plus ou moins pervers - ou malins - du créateur.
Le dessin est par essence recomposition, simulacre, mensonge mais accepté comme tel. Les prises de position éthiques des créateurs - le dessinateur et le scénariste - ne sont là que comme des harangues de bateleurs de foire qui veulent vendre un préjugé: ce qui va être dit aurait pu arriver, arrivera, arriverait si les personnages inventés - des doubles de cette vie qui nous angoisse tant - étaient tout à côté de nous. Ou devant, nous précédant de toute leur matité d'autant plus évidente que le récit créé le serait par des auteurs importants. Or rien n'est jamais plus faux que les prises de position idéologique, qui souvent n'apparaissent que comme des explications à postierori de dérives créatrices effectuées au fur et à mesure de la création. Ni le dessinateur - qui joue à faire accroire, surtout s'il est habile -, ni le scénariste - qui suit la ligne imaginaire de sa ligne Maginot des trucs d'écriture - ne sont à même de nous faire prendre vraiment - et au bout du compte - leur univers pour une part d'authentique. Car cet univers n'est destiné qu'à nous donner une leçon - au mieux -, au pire à nous ficher la frousse, à nous faire pleurer de joie ou de rage.
Simulacres, avons-nous déjà écrit. Oui. Simulacres d'une construction narrative - et imitatrice du réel - où ceux qui tiennent la plume et le pinceau s'érigent en modèles du Créateur ultime, en petits dieux des pénates, puisque chaque récit n'est que l'histoire d'un bref suspense destiné à trôner, ensuite, sur une étagère de bibliothèque. Tel un minuscule dieu lare venu tout droit de la Rome antique, monde antédiluvien où tout faisait sens, pourvu que ce dernier passât par les colonnes chiffrées des livres de compte.